Cours magistral « Religions, soin, laïcité »

Syllabus

Bertrand Vergely – Rachid Benzine – Lionel Obadia – Haïm Korsia

2016-2017

L’universalité de la question du « soin » se nourrit de la multiplicité des approches culturelles et religieuses. Ce cours laisse entrevoir comment, historiquement et de façon contemporaine, au travers de quatre grands courants spirituels et religieux (christianisme, islam, bouddhisme, judaïsme) les problématiques du corps et de la souffrance, de la guérison et de la douleur, tant au niveau collectif et qu’individuel, s’intriquent au sein des rapports entre religions et laïcité.

Le cours est dispensé par quatre grands spécialistes des questions théologiques et philosophiques.

Bertrand Vergely, professeur de philosophie en khâgne, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure et agrégé de philosophie.

Rachid Benzine, islamologue, enseignant-chercheur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et à la faculté catholique belge de Louvain.

Lionel Obadia, professeur en anthropologie à l’Université Lyon 2, France, au Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes (LARHRA). Il est spécialisé sur les domaines qui touchent à la religion, en anthropologie et sociologie.

Haïm Korsia, grand-rabbin de France, ancien aumônier en chef du culte israélite des armées et de l'École polytechnique, administrateur du Souvenir français et ancien membre du Comité consultatif national d'éthique.
Lieu : Amphithéâtre Lapersonne
Horaires : 18H00-20H00

Septembre – Octobre – Novembre 2016

Le christianisme - Bertrand Vergely, philosophe et théologien

La laïcité n’est pas une question chrétienne. Ce qui  n’empêche pas les chrétiens de respecter les lois de la République. Si, pour la modernité, la séparation entre l’homme et Dieu est le fondement de la liberté, pour le christianisme, c’est exactement l’inverse. La relation entre Dieu et l’homme est le fondement de la liberté. D’où, dans le christianisme, un rapport singulier au corps, à la  souffrance et à la mort du fait d’un rapport singulier à la personne. On dira que, dans les Évangiles, il y a la formule « Rends à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Certes, mais qui est César? L’État? Non. César est l’occupant et non l’État, concept qui n’existe pas à l’époque. D’où le sens de la formule « Rends à César ». Il faut soigner le monde qui vit opprimé par des occupants. En ce sens, en guise de laïcité, le christianisme propose une médecine spirituelle.  C’est sur une telle médecine que se fonde son rapport singulier à la laïcité, à la personne, au corps, à la souffrance et à la mort, rapport qu’il me reviendra de faire apparaître, et qui explique bien des positions chrétiennes concernant un certain nombre de questions de société. Si la laïcité n’est pas une question chrétienne cela vient de ce que pour le christianisme il est impensable de penser la vie sans Dieu. La relation entre l’homme et Dieu étant le fondement de la liberté humaine alors que pour la laïcité il s’agit exactement du contraire.

  • Mercredi 7 septembre 2016 :
    Rends à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu
  • Mercredi 14 septembre 2016 :
    Le corps
  • Mercredi 28 septembre 2016 :
    La personne
  • Mercredi 2 novembre 2016 :
    La souffrance
  • Mercredi 9 novembre 2016 :
    La mort

Décembre 2016 – Janvier 2017

La religion musulmane - Rachid Benzine

Il y a une « politique des corps » en islam qui se distingue de la « gestion des corps » que l'on observe dans d'autres aires culturelles. Le « corps musulman » se caractérise en particulier par sa vocation à être l'instrument et le lieu d'une prière quotidienne fréquente. Ce corps doit, aussi, se méfier sans cesse de toute souillure, et il est nécessaire de le purifier régulièrement. La pudeur s'avère une vertu cardinale des sociétés musulmanes, et tout en étant largement mise en valeur, la sexualité s'avère très réglementée. Corps masculins et corps féminins ne se meuvent pas dans les mêmes espaces, et des stratégies d'évitement sont cultivées. Destiné à mourir puis, ensuite, à ressusciter, le corps des humains doit faire l'objet de soins, ne pas être négligé. Ainsi a-t-on vu apparaître et se développer, aux premiers siècles de l'islam, une médecine arabo-islamique liée à la philosophie et à la spiritualité. L'idée s'est même imposée de l'existence d'une « médecine prophétique ». Cette « gestion musulmane » des corps, cantonnée durant des siècles aux sociétés majoritairement musulmanes, se trouve maintenant présente, à la faveur des mouvements migratoires et de la mondialisation, dans les sociétés occidentales, et particulièrement en France. Il en résulte des conflits récurrents, tels ceux liés au port du voile et du burkini, ou encore ceux relatifs aux interdits alimentaires et aux relations entre femmes et hommes dans l'espace public. Nous aborderons cette problématique en cinq étapes :

  • Mercredi 14 décembre 2016 - Le corps... dans le « corps » du Coran.
    Comment le corps de l'homme est évoqué dans le texte coranique. Les parties du corps citées... et celles qui ne le sont pas. Les rites de purification. Les interdits alimentaires. Les règles liées à la pudeur et aux rapports entre les sexes. La sexualité. Les châtiments corporels. La violence et le souci de protéger la vie des partisans de Muhammad. Humains, bêtes, djins et anges. Les métaphores utilisées. Ce que le texte coranique nous dit de la société dans laquelle son message a été reçu pour la première fois.
  • Les traditions sur « la médecine du Prophète » et la place du corps, de la santé et de la médecine dans les civilisations de l'islam. Report à une date inconnue à ce jour
    Ce qui est rapporté (notamment dans l'œuvre de Suyuti, savant du XVe siècle) de l'importance accordée par le prophète Muhammad à la préservation de la santé, particulièrement en matière d'hygiène et d'alimentation. Les recommandations d'ordre médical qui lui sont attribuées. La gestuelle de la prière. La place du jeûne. La déambulation des corps entre espaces privés et espaces publics. Le développement de la médecine arabo-musulmane dès le IXe siècle de l'ère commune (Râzi, Zahrawi, Ibn Sinâ dit Avicenne...). La culture du hammam et sa diffusion dans tout l'empire ottoman. La spécificité d'une « gestion islamique » des corps.
  • Femmes et hommes en islam. Report à une date inconnue à ce jour
    Importance de la distinction des sexes. Rôles différenciés des hommes et des femmes. L'amour et la sexualité. Fécondité et stérilité. Grossesse et accouchement. L'allaitement et l'éducation des enfants. Les soins du corps et les règles vestimentaires propres aux femmes et aux hommes. La gestion de la maladie et l'obligation de la visite aux malades. La gestion de la mort, en particulier les soins mortuaires apportés aux cadavres. L'impératif de l'inhumation et l'interdiction de la crémation. Des tombes individuelles et non des corps rassemblés dans des caveaux.
  • Corps morts et corps ressuscités, corps damnés et corps glorifiés : l'eschatologie islamique. Report à une date inconnue à ce jour
    La vie et la mort selon les enseignements de l'islam. Annonce de la résurrection des corps et d'un Jugement dernier. Récompense et châtiment divins. Paradis et enfer. Le martyre et les houris
  • Quand les « corps d'islam » rencontrent les « corps d'Occident ». Report à une date inconnue à ce jour
    Corps voilés en Islam et corps dévoilés en Occident contemporain. Mondes masculin et féminin séparés d'Orient, et sexes mélangés d'Occident. Baisers cachés dans le monde musulman, baisers exposés dans les sociétés d'Occident. Traditions patriarcales maintenues dans la plupart des sociétés musulmanes, et Révolution sexuelle en Occident. Le droit de chacun de disposer de son corps est-il un postulat de la laïcité républicaine contemporaine ? La morale musulmane est-elle soluble dans la République laïque contemporaine ? Faire vivre ensemble corps voilés et corps dévêtus : un défi pour la France républicaine et laïque du XXIe siècle.

Février – Mars 2017

Le bouddhisme - Lionel Obadia

  • Mercredi 8 février Bouddhisme, occident et laïcité : positionnements modernes d’une antique tradition
  • Mercredi 22 février Souffrance et bonheur selon les enseignements du Bouddha et les écoles de pensée bouddhistes
  • Mercredi 1 mars Le bouddhisme comme thérapie de l’âme et du corps ? les ambivalents rapports entre religion et médecine dans le cas du bouddhisme
  • Mercredi 17 mai Modalités et efficacité des inscriptions psychocorporelles des techniques bouddhistes Report à une date inconnue à ce jour
  • Mercredi 31 mai Mieux-être, bien-être et « guérison » bouddhiste dans les institutions de soin : enjeux et perspectivesReport à une date inconnue à ce jour

Avril – Mai – Juin 2017

Le judaïsme - Haïm Korsia

L’éthique médicale juive pose comme principe la sacralité absolue de la vie. « Voici je place devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction; et tu choisiras la vie, pour que vive toi et ta descendance » nous enseigne la Bible (Dt. XXX; 19). Cette donnée fondamentale détermine en fait l’attachement des hommes à l’Eternel et à sa Création.
Pour autant, le judaïsme, dont la réflexion est axée autour de la centralité de l’homme, rappelle sans cesse au respect de la dignité pleine et entière de l’homme, à chaque moment de sa vie.
Dans un monde où les progrès de la médecine et des technologies suscitent enthousiasme et espoirs, pour les chercheurs comme pour les patients, l’éthique doit avoir sa place dans le débat et, le cas échant, mettre en garde sur d’éventuelles dérives. Il en va de même des religions, et notamment du judaïsme, qui depuis plus de 3500 ans, guide les pas de l’homme au quotidien.

  • Mercredi 3 mai Judaïsme et respect du corps humain
  • Mercredi 10 mai Pour une prise en charge digne de la fin de vie
  • Mercredi 7 juin Bioéthique et recherche médicale

Bibliographie à venir

7 juin 201718:00 - 20:00
Hôtel-Dieu Amphithéâtre Lapersonne
1, place du Parvis de Notre-Dame, 75004 Paris
Soin, laïcité et religions